
Formation SST : est-elle obligatoire dans votre entreprise ?
Par MARHI Saghira, directrice de FORMA SAUVER, formatrice experte en santé et sécurité des salariés · Textes en vigueur vérifiés le 30 octobre 2026
Les chiffres clés
R. 4224-15 — article du Code du travail qui impose un secouriste dans chaque atelier à travaux dangereux (Code du travail)
20 travailleurs — seuil du chantier à travaux dangereux soumis à l'obligation, au-delà de 15 jours (Code du travail, article R. 4224-15)
14 h — durée de la formation initiale SST, en présentiel (INRS, fiche de formation SST 003)
24 mois — validité du certificat SST avant le MAC de 7 heures (INRS, fiche de formation SST 003)
Oui dans certains cas, pas partout. Le Code du travail impose un salarié formé aux premiers secours dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux et sur chaque chantier d'au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours. Partout ailleurs, il oblige l'employeur à organiser les secours après avis du médecin du travail, sans nommer de formation précise. La formation de sauveteur secouriste du travail (SST) est la réponse de référence, mais son sigle n'apparaît nulle part dans la loi.
En résumé : L'article R. 4224-15 du Code du travail impose « la formation de secouriste nécessaire » à un membre du personnel dans chaque atelier à travaux dangereux et sur chaque chantier d'au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours à travaux dangereux. L'article R. 4224-16 vise toutes les entreprises sans infirmier : l'employeur prend, après avis du médecin du travail, les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours et les consigne dans un document tenu à la disposition de l'inspecteur du travail. L'article R. 4224-14 exige un matériel de premiers secours adapté et accessible, et l'article L. 4121-1 fonde l'ensemble sur l'obligation générale de sécurité. Le sigle « SST » ne figure dans aucun de ces textes : c'est le dispositif INRS / Assurance Maladie – Risques professionnels qui en fait la formation de référence.
Exemple : Métalu Sud, atelier de chaudronnerie de 32 salariés près de Béziers, travaille en deux équipes. Deux salariés ont suivi une formation SST en 2021 ; leurs certificats n'ont jamais été recyclés et l'un des deux a quitté l'entreprise. Un matin, un opérateur se coupe profondément l'avant-bras sur une tôle : personne ne sait comprimer la plaie ni quoi dire aux secours. L'atelier relève pourtant du 1° de l'article R. 4224-15, et l'employeur n'a ni secouriste à jour, ni document écrit.
Ce que l'article R. 4224-15 impose vraiment
Le texte tient en trois lignes. Un membre du personnel reçoit la formation de secouriste nécessaire pour donner les premiers secours en cas d'urgence dans :
chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux ;
chaque chantier employant 20 travailleurs au moins pendant plus de 15 jours où sont réalisés des travaux dangereux.
Trois points sont à relever. Le texte raisonne par atelier et par chantier, pas par entreprise : trois ateliers à travaux dangereux appellent un secouriste formé dans chacun. Il ne nomme aucune formation précise : ni le sigle SST, ni une durée, ni un organisme. Enfin, les travailleurs ainsi formés ne peuvent remplacer les infirmiers.
À retenir. Le Code ne définit pas, pour cet article, ce qu'est un « travail dangereux ». C'est à vous de le qualifier à partir de votre évaluation des risques (DUERP) : machines, produits chimiques, travail en hauteur, électricité. En cas de doute, demandez l'avis du médecin du travail.
Bureaux, commerces, entrepôts : que dit le Code sans « travaux dangereux » ?
Beaucoup d'entreprises s'arrêtent à l'article R. 4224-15 et se croient hors champ. C'est oublier l'article suivant. L'article R. 4224-16 s'applique en l'absence d'infirmier, ou lorsque leur nombre ne permet pas une présence permanente, c'est-à-dire dans la quasi-totalité des PME. L'employeur doit alors :
prendre, après avis du médecin du travail, les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours aux accidentés et aux malades ;
les adapter à la nature des risques et les organiser en liaison avec les services de secours extérieurs ;
les consigner dans un document tenu à la disposition de l'inspecteur du travail.
Le texte n'écrit pas « secouriste », mais il impose un résultat : des premiers secours assurés. Un bureau de 15 personnes qui n'a rien organisé ni consigné est donc en infraction, et le moyen le plus simple d'assurer les premiers secours reste la présence de salariés formés.
L'article R. 4224-14 ajoute un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques et facilement accessible. Le socle de l'ensemble est l'article L. 4121-1 : l'employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs, dont « la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés ». Organiser les secours en fait partie.
Pourquoi le SST est la formation de référence alors que la loi ne le nomme pas
Parmi les formations de premiers secours, le sauveteur secouriste du travail (SST) est celle qui a été conçue pour l'entreprise. Le dispositif est piloté par l'INRS et l'Assurance Maladie – Risques professionnels. Selon la fiche INRS « Devenir sauveteur secouriste du travail » (référence SST 003) :
la formation initiale dure 14 heures en présentiel, avec du temps supplémentaire possible pour les risques propres à l'entreprise ;
elle est dispensée par un formateur SST certifié, rattaché à un organisme habilité par l'Assurance Maladie – Risques professionnels et l'INRS ;
elle se termine par des évaluations certificatives ; le certificat, valable 24 mois, se prolonge par un maintien et actualisation des compétences (MAC) de 7 heures, en présentiel, lui aussi évalué.
Sa particularité est son double objectif : intervenir face à un accident (protéger, examiner, alerter, secourir) et contribuer à la prévention en repérant les dangers et en faisant remonter l'information.
En pratique. Une autre formation de secourisme n'est pas interdite, mais face à l'inspection du travail ou à un juge, un certificat SST à jour est la preuve la plus simple que vous avez satisfait à l'article R. 4224-15.
Êtes-vous concerné ? Le tableau pour trancher
Situation | Ce que prévoit le texte | Base légale |
|---|---|---|
Atelier où sont accomplis des travaux dangereux | Au moins un membre du personnel formé aux premiers secours dans chaque atelier | R. 4224-15, 1° |
Chantier d'au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours, avec travaux dangereux | Au moins un membre du personnel formé sur le chantier | R. 4224-15, 2° |
Chantier plus petit ou plus court | Pas de secouriste nommément exigé, mais organisation des secours après avis du médecin du travail | R. 4224-16 |
Bureaux, commerce, entrepôt sans travaux dangereux, sans infirmier | Mesures de premiers secours adaptées aux risques, prises après avis du médecin du travail, consignées par écrit | R. 4224-16 |
Entreprise disposant d'un infirmier présent en permanence | L'infirmier assure les premiers secours ; les secouristes restent une bonne pratique | R. 4224-16 (a contrario) |
Tous les lieux de travail | Matériel de premiers secours adapté et facilement accessible | R. 4224-14 |
Toutes les entreprises | Obligation générale de sécurité : organisation et moyens adaptés | L. 4121-1 |
À retenir. Dans les deux premières lignes, la réponse est oui ; pour les autres, l'obligation porte sur l'organisation des secours.
Qui désigner et combien de secouristes former ?
Le Code ne fixe aucun nombre. L'article R. 4224-15 exige « un membre du personnel » par atelier ou chantier concerné : un minimum, pas une cible. Raisonnez en couverture réelle, soit un secouriste à jour présent à tout moment où des salariés travaillent :
Horaires et équipes : un atelier en 2 × 8 a besoin d'un secouriste dans chaque équipe.
Sites et bâtiments : un secouriste au siège ne couvre pas l'entrepôt situé à 300 mètres.
Absences : congés, maladie, formation, télétravail. Un seul secouriste par équipe, c'est aucun secouriste dès qu'il est absent.
Éloignement des secours et nature des risques : site isolé, risque électrique ou chimique.
Côté profil, privilégiez des volontaires, présents de façon stable sur le site : un salarié désigné contre son gré sera un secouriste peu fiable. Ne concentrez pas tous les certificats sur l'encadrement, souvent en réunion ou en déplacement.
En pratique. Tenez une liste nominative des secouristes avec la date de fin de validité de chaque certificat, affichée près de la trousse de secours et mise à jour à chaque départ : c'est elle qui démontre la couverture en cas de contrôle.
Durée, certificat et recyclage : le calendrier à tenir
Formation initiale : 14 heures en présentiel, soit en pratique deux jours, consécutifs ou non.
Certificat : délivré après réussite des évaluations, valable 24 mois.
MAC : 7 heures en présentiel, à suivre avant la date de fin de validité, puis tous les 24 mois.
Le point qui fait trébucher les entreprises est le recyclage. Un certificat expiré signifie que le salarié ne compte plus comme secouriste à jour : l'atelier soumis à R. 4224-15 se retrouve sans secouriste reconnu, même si la personne est toujours là. Programmez le MAC trois à six mois avant l'échéance pour garder une marge.
La formation et son MAC se déroulent en présentiel : les gestes de secours s'apprennent sur mannequin, pas devant un écran. Les conséquences d'un MAC en retard sont détaillées dans notre article sur la durée et la validité du SST.
Accident sans secouriste : ce que risque l'employeur
Reprenons Métalu Sud : accident grave, atelier à travaux dangereux, aucun secouriste à jour. Trois conséquences se cumulent.
Sur le plan humain, pour une hémorragie, un arrêt cardiaque ou une brûlure chimique, les premières minutes conditionnent la suite.
Sur le plan réglementaire, l'absence de secouriste dans un atelier à travaux dangereux est un manquement direct à l'article R. 4224-15, que l'inspection du travail peut relever lors d'un contrôle ou de l'enquête qui suit un accident grave. L'absence de document d'organisation des secours (R. 4224-16) ou de matériel adapté (R. 4224-14) s'y ajoute.
Sur le plan de la responsabilité, l'employeur est tenu, au titre de l'article L. 4121-1, d'une obligation de sécurité. Si le salarié accidenté engage une action en reconnaissance de la faute inexcusable, le juge examine si l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et s'il a pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié. Ne pas avoir organisé les secours là où le Code l'impose sera difficile à justifier, et la faute inexcusable reconnue entraîne une majoration de la rente et une indemnisation complémentaire à la charge de l'employeur.
À retenir. Former un secouriste coûte deux jours de travail ; ne pas l'avoir fait se paie sur la santé du salarié, puis devant l'inspection du travail et le juge.
Organiser concrètement les premiers secours dans votre entreprise
La démarche, pour une PME sans infirmier :
Étape 1 – Repérez les situations à risque dans votre DUERP et identifiez celles qui relèvent de « travaux dangereux » (R. 4224-15).
Étape 2 – Sollicitez le médecin du travail. Son avis est exigé par l'article R. 4224-16 pour les mesures de secours et le contenu du matériel. Demandez-le par écrit.
Étape 3 – Désignez les secouristes par atelier, équipe et site, avec un remplaçant pour chacun.
Étape 4 – Formez-les (14 heures) auprès d'un organisme habilité et inscrivez tout de suite les MAC dans votre plan de formation à 24 mois.
Étape 5 – Équipez chaque lieu de travail d'un matériel de premiers secours adapté et accessible (R. 4224-14).
Étape 6 – Rédigez le document d'organisation des secours (R. 4224-16) : qui alerte, qui intervient, où est le matériel, quels numéros composer, comment guider les secours.
Étape 7 – Informez tous les salariés (conduite à tenir, noms des secouristes, numéros d'urgence affichés) et révisez l'ensemble à chaque changement d'organisation, d'horaires, de site ou d'effectif.
En pratique. Pour 30 salariés sur un seul site, en horaires de journée, le minimum réaliste est de deux à trois secouristes formés ; pour un atelier en 2 × 8, au moins deux par équipe. Ce ne sont pas des chiffres légaux, mais des ordres de grandeur à ajuster avec le médecin du travail.
Les erreurs à éviter
Croire que seule l'industrie est concernée. L'article R. 4224-15 vise les travaux dangereux, mais l'article R. 4224-16 vise toutes les entreprises sans infirmier, cabinet comptable compris.
Former un seul secouriste pour toute l'entreprise. Absent ou en congé, il laisse l'entreprise sans secouriste. Raisonnez par équipe et par site.
Laisser expirer les certificats. Passé 24 mois sans MAC, le salarié ne compte plus comme secouriste à jour. Planifiez le recyclage dès la formation initiale.
Oublier le document écrit et l'avis du médecin du travail. L'article R. 4224-16 exige les deux : des mesures prises après avis du médecin du travail et consignées dans un document tenu à la disposition de l'inspecteur du travail. Une liste affichée ne suffit pas.
Acheter une trousse « standard » sans l'adapter. L'article R. 4224-14 exige un matériel adapté aux risques : un atelier de soudure et un open space n'ont pas les mêmes besoins.
Former vos équipes avec FORMA SAUVER
Notre formation SST de 14 heures et son recyclage MAC se déroulent à Montpellier ou dans vos locaux en Occitanie, PACA et Nouvelle-Aquitaine, avec des mises en situation adaptées à vos risques.
Questions fréquentes
La formation SST est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?
Non. L'article R. 4224-15 du Code du travail impose un membre du personnel formé aux premiers secours dans chaque atelier à travaux dangereux et sur chaque chantier d'au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours à travaux dangereux. Partout ailleurs, l'article R. 4224-16 impose à l'employeur sans infirmier d'organiser les premiers secours après avis du médecin du travail et de consigner ces mesures. Le SST n'est pas nommé par la loi, mais c'est la formation de référence, pilotée par l'INRS et l'Assurance Maladie – Risques professionnels.
Combien de secouristes faut-il former ?
Le Code ne fixe aucun nombre. L'article R. 4224-15 exige au moins un membre du personnel formé par atelier à travaux dangereux et par chantier concerné. Prévoyez un secouriste présent à tout moment sur chaque site et dans chaque équipe, plus un remplaçant.
Combien de temps dure la formation et quand faut-il la renouveler ?
La formation initiale SST dure 14 heures en présentiel et le certificat est valable 24 mois. Pour le prolonger, le salarié suit un maintien et actualisation des compétences (MAC) de 7 heures, en présentiel, avant la date d'expiration, puis tous les 24 mois.
Que se passe-t-il si un accident survient sans secouriste présent ?
Si l'atelier ou le chantier relève de l'article R. 4224-15, l'absence de secouriste est un manquement que l'inspection du travail peut relever. L'employeur reste tenu par l'obligation de sécurité de l'article L. 4121-1, et l'absence d'organisation des secours peut peser dans une action en faute inexcusable engagée par le salarié accidenté.
Faut-il consigner l'organisation des secours par écrit ?
Oui. L'article R. 4224-16 prévoit que les mesures de premiers secours sont consignées dans un document tenu à la disposition de l'inspecteur du travail : qui alerte, qui intervient, où se trouve le matériel, quels numéros appeler. Il est établi après avis du médecin du travail.
Sources
Code du travail, article R. 4224-15 – secouriste dans les ateliers à travaux dangereux et sur certains chantiers.
Code du travail, article R. 4224-16 – organisation des premiers secours.
Code du travail, article R. 4224-14 – matériel de premiers secours.
Code du travail, article L. 4121-1 – obligation générale de sécurité.
INRS, fiche de formation SST 003 « Devenir sauveteur secouriste du travail » – 14 heures, certificat 24 mois, MAC 7 heures.
INRS / Assurance Maladie – Risques professionnels, document de référence du dispositif « Sauveteur secouriste du travail ».